De nos jours, plan sur une maison bourgeoise entourée d'un beau jardin, suggérant une famille aisée (les Pinon).
La gloire du château de ma mère
Arthur, un ado à la dérive.
Arthur est installé devant sa console, le regard concentré et hébété. Il joue à un jeu d'aventure médiéval (Zelda, Assassin's Creed...). Sa chambre est une chambre d'ado classique. Sont toujours présents sur une étagère les vestiges de ses premières passions d'enfant : des figurines de chevaliers et le château fort Playmobil. Dans un coin de la pièce traînent des feuilles volantes de ses cours, complètement désorganisées, signe que ça ne l'intéresse pas.
Sa mère entre dans la chambre. Elle est décidée à lui parler. Elle ne prête plus attention à l'air amorphe et désabusé de son fils. Il passe son temps à jouer et ne s'intéresse à rien d'autre. Il n'a même pas obtenu son brevet des collèges. Malgré le désaccord avec son mari, qui aimerait l'envoyer dans une institution militaire, elle propose à Arthur d'intégrer un lycée qui propose une méthode originale qui devrait lui plaire mais surtout lui convenir. Elle s'assoit sur son lit et le regarde en souriant.
Il ne la regarde pas, les yeux toujours rivés sur son écran. Le père arrive et se met dans l'encadrement de la porte.
En entendant ces mots, Arthur lance un regard noir sur son père. Il prend la brochure et jette un rapide coup d'œil.
Le visage de la mère s'illumine. Elle est contente d'avoir convaincu son fils et d'avoir rabattu le caquet de son mari. Elle referme la porte derrière elle.
Les parents d'Arthur le déposent devant la herse (ou pont-levis) d'un château. Ils l'embrassent avec beaucoup de tendresse. Arthur semble toujours aussi incompréhensif.
Il s'avance vers l'entrée, se retrouve au milieu d'autres élèves arrivant eux aussi. Un élève à la coupe au bol et aussi désabusé que lui attire son attention. Des hommes en armure barrent le passage de leur lance. Une immense affiche montrant un téléphone barré est collée à côté d'eux. Arthur se retourne vers ses parents. Son incompréhension devient de l'appréhension. Sa mère ferme les yeux. Les gardes écartent leur lance pour laisser entrer les élèves.
Un brouhaha s'élève dans la salle principale du château. Les élèves s'observent entre eux. Il n'y a que des garçons. Plusieurs coups de maillet retentissent. Un homme à l'air sévère se tient debout depuis une chaire située en hauteur.
Arthur échange des regards interloqués avec ses voisins. Il reconnaît parmi eux le garçon à la coupe au bol. Ils sont invités à se diriger vers la salle des costumes afin qu'on leur remette leur nouvelle tenue.
Arthur est allongé sur une paillasse sommaire recouvert d'un drap et entourée d'un cadre en bois. Une simple couverture le protège du froid. Sa coupe de cheveux a changé. On entend en fond sonore des grelottements et des toussotements. Il parle à voix basse à son voisin à côté de qui il était lors de la réception d'accueil.
Une voix lointaine les enjoint d'arrêter les messes basses. Extinction des feux. Une lourde porte se ferme en grincant.
Arthur est assis par terre au milieu de ses camarades. Tous sont en tenue d'écuyer (apprenti chevalier). Devant eux se tient le seigneur, portant un chapeau et vêtu d'une longue robe de velours. Des formules mathématiques sont écrites sur des grandes feuilles de papyrus. Il leur parle tantôt en latin tantôt en français. Arthur et ses compagnons tentent difficilement de prendre des notes avec des plumes.
Un boulet de 120 kg lance par un trebuchet atterrit dans les douves du chateau. Considerant la masse volumique de l'eau douce et le volume total des douves, calculez en pouce la hausse du niveau des douves.
Des eleves montent une a une les marches du donjon avec d'enormes sacs de jute sur le dos. La douleur se lit sur leur visage. Ils sont terrasses de fatigue. Lance trebuche. Arthur l'aide a se relever.
Arthur, Lance et d'autres élèves se lavent à l'eau froide. Ils sont frigorifiés. Lance est à bout. Arthur résiste. Au fur et à mesure des séquences, on voit de moins en moins d'élèves...
Le jour du maniement de l'épée. Arthur s'entraîne avec un camarade avec des épées (en bois ou en plastique). Les deux sont aussi téméraires l'un que l'autre. Ils se battent presque avec le sourire (genre film cape et d'épée) quand soudain un cri de douleur surgit derrière eux. Lance semble s'être blessé assez gravement. Les combats s'arrêtent. Deux écuyers plus âgés arrivent en trottinant avec une civière de fortune. Ils repassent, impassibles, avec le jeune corps ensanglanté devant Arthur. Leur regard se croise. Les deux sont abasourdis.
Les mois ont passé. La plupart des élèves restant sont en train de s'habiller avant d'aller prendre le petit déjeuner. Quelques-uns peinent à se réveiller, accablés de fatigue, d'autres ont clairement pris le pli, comme Arthur. Un autre écuyer a pris la place de Lance sur la paillasse à côté. Soudain retentit le son puissant d'un cor (type générique Kamelott). Le seigneur arrive en courant, ordonne à tout le monde de se mettre en tenue de combat et d'aller chercher les armes. Le château est attaqué. Branle-bas de combat...
Les élèves sont alignés avec différentes armes. Ils portent des casques. Les professeurs vérifient les équipements et parlent aux élèves avec un langage martial. Les élèves préparent flèches, boulets, lances et autres seaux remplis d'huile bouillante. Certains se cachent derrière les meurtrihères, d'autres sont en appui entre les créneaux.
En contrebas, une foule de manifestants arbore des pancartes et scande des slogans en faveur d'une éducation régulée, digne et accessible à tous. "Nos enfants ne sont pas des jouets !" "La dîme à nos enfants" "Retourne chez Kamelott". Au milieu, on reconnaît Lance criant et portant haut et fort une pancarte avec son unique bras restant : "Mais qu'est-ce qu'il y a de si extraordinaire ?".
Arthur, qui a enfin trouve sa place apres tous ces mois de lutte et de sacrifice, se sent agresse par ces assaillants. Il se leve, regarde ses camarades et de son air le plus fier crie :
Arthur est agenouille tete baissee devant l'autel de la chapelle. Le seigneur place son epee sur l'epaule d'Arthur et apres une formule de circonstance rappelant son acte de bravoure, le fait chevalier.
Arthur, au nom de notre maitre a tous, je te fais chevalier.
Arthur se relève fier et digne puis se retourne. Ses camarades l'acclament. Pour la première fois, il se sent extraordinaire.
Le sejour est termine. Il sort du chateau, vetu de sa nouvelle tenue de chevalier. Il a reussi et il est fier de l'exhiber. Il regarde droit vers l'horizon et se sent enfin pret a affronter le monde.
Un bus passe, roule dans une énorme flaque d'eau et l'éclabousse. Trempé jusqu'à l'os, il se met à courir derrière le bus en hurlant un cri de guerre. Il se fait rapidement distancer et s'arrête sur la chaussée. Une voiture freine violemment derrière lui et un automobiliste l'insulte puis lui crie d'aller parader ailleurs dans sa tenue de Village People !
Une autre voiture lui fait des appels de phare. Ce sont ses parents qui sont venus le chercher.
Une galerie de personnages attend dans cette salle. Plusieurs sont deguises ou plutot portent leur costume d'apparat. Arthur est habille en chevalier. On distingue une Lara Croft, un moine Shaolin, une Black Widow. Mais aussi des personnes en tenue "normale", certains ayant meme ose le costume 3 pieces.
Arthur aperçoit Lance (en jean basket). Arthur tend la main droite à Lance et oublie que son ancien camarade ne peut plus lui répondre. Une gêne s'installe faisant renaître les souvenirs des années passées. Lance casse le malaise ambiant.
(Arthur se lève)